dimanche 8 avril 2018

Usages Mago-Théurgiques des Psaumes



Usages Mago-théurgiques des Psaumes par Jennifer Marty & Fred MacParthy. Sesheta Publications, 5 côte de Brumare, 27350 Brestot - France.

Cet ouvrage rassemble deux textes importants de la tradition juive et chrétienne, le Sepher Shimush Tehilim et Le Livre d’Or extrait du grimoire Les Vraies Clavicules du Roi Salomon, par Armadel. Les deux traités concernent la magie des Psaumes. Le premier est un composant indispensable à la Kabbale pratique. Il associe des formules magiques considérées comme puissantes et des noms divins associés aux Psaumes. Le second associe oraisons, sceaux angéliques et caractères magiques associés aux Psaumes. On parle parfois de « Magie immédiate » indiquant par là l’orientation. Il s’agit d’intervenir dans les domaines quotidiens de guérison, protection et réussite.

 




Les Psaumes, dits de David, furent écrits par divers auteurs. Ils sont une partie des « hagiographes » de la Bible et tiennent une place particulièrement importante dans les pratiques chrétiennes, quel que soit le courant.

«  L’usage du Livre des Psaumes de David, le Sefer Tehilim, le « Livre des Louanges », est une évidence, nous disent les auteurs, pour toute personne ayant un tant soit peu étudié la Magie Cérémonielle, la Talismanie ou même la Magie Immédiate. De nombreuses phases de rituels magiques sont extraites de ces Psaumes, aussi bien dans les conjurations, les exorcismes que sur les talismans, il nous suffit d’observer et d’étudier les différentes versions des « Clavicules du Roi Salomon » et d’autres ouvrages anciens de Magie pour se rendre compte qu’elles possèdent toutes des extraits des Psaumes sous différentes formes.
Cette forme de Magie chrétienne est bien sûr inspirée de la Talismanie et de la Magie juives, mais avec de nombreuses variantes, comme nous le verrons ici. Les trois grandes religions monothéistes intégrèrent ce livre dans leurs Livres Sacrés. »

La présentation des deux traités vise la pratique ainsi le lecteur trouvera les différentes versions possibles et la manière de les mettre en œuvre. Mais c’est aussi un témoignage d’une manière de pensée traditionnelle et d’un mode de vie spirituelle qui perdure.

mercredi 21 février 2018

Le Miroir d’Isis n° 24



Le Miroir d’Isis n° 24, décembre 2017.

Voici une très belle livraison de la revue dirigée par Clément Rosereau, sans doute la meilleure revue d’hermétisme de langue française.

Sommaire : La Magie d’Henri Corneille Agrippa par Claude Froidebise – La robe du dimanche de Dominique van de Werve – N’oublions pas de sortir la nuit de Rodolphe d’Oultremont – Retour vers le sacré de Catherine Lavelaye – La mystérieuse voix de l’âme de Sully Faïk – Heureux le serviteur qui veille par Eléonore d’Hooghvorst – Théologie et Alchimie : le corps spirituel de Raimon Arola – Les petits enfants de Claude Froidebise – Sainte Hélène de Claude Van Gallebaert – Le Mercure dans tous ses états de Pauline de Merode – etc.

Parmi ces contributions très riches voici un extrait d’une lettre de Louis Cattiaux à Elizabeth d’Hooghvorst :

« Chère Amie, que pensez-vous de cette pensée de Thomas Quincey ? « Nous pouvons regarder la mort en face, mais sachant comme quelques-uns d’entre nous le savent aujourd’hui ce qu’est la vie humaine, qui pourrait sans frissonner (en supposant qu’il en fût averti) regarder en face l’heure de sa naissance ? » En effet, sortir de ce monde n’est pas si terrible, mais y entrer c’est effrayent ! Ce qui est désolant, c’est surtout d’y venir en avance, c’est-à-dire en précurseur, car on a le sentiment de parler et d’agir parmi les sourds et les aveugles, et il faut une grande foi pour persévérer sans faiblir, car tout ce qu’on fait est comme enseveli dans les ténèbres et paraît inutile et vain, même quand on prépare la voie du Resplendissant qui vient. »

Sully Faïk nous introduit à l’œuvre de Lilian Staveley, une mystique exceptionnelle, de notre temps, qui demeure peu connue malgré la publication de trois ouvrages majeurs au Cerf. Dans ces livres, elle restitue ses expériences visionnaires de l’âme. Ainsi à propos de l’extase et de l’union mystique :

« « Les extases inspirent et éveillent l’âme. » Mais il n’y a pas d’extase authentique, tant que notre volonté est en mesure de mouvoir le corps. Dans l’extase, le corps, qui demeure inerte, est inexplicablement déconnecté de la volonté. Bien que contraint à l’inertie, il garde cependant conscience de soi et se sait toujours en vie. S’il ne connaissait pas des moments de douleur, nous l’oublierions totalement. Aucune extase n’est le fruit de la volonté : celle-ci n’a aucune emprise sur elle. L’immensité de l’attraction divine est telle que l’âme souhaite jaillir du corps dont elle donne l’impression d’annuler la gravité. Alors nous connaissons Dieu à travers la partie supérieure de l’âme. Il ne s’agit plus d’avoir la foi (« chose froide et misérable ! »). « Je ne crois plus en Jésus-Christ : je Le possède. » La pure, sainte et incorruptible étincelle divine qui habite l’âme influe sur le cœur de l’homme, sur son intelligence et sur sa volonté, c’est-à-dire sur l’ego de la créature qu’elle visite. Lorsque Dieu prend l’âme de Son feu, l’esprit défaille et meurt… »

La qualité des contributions de cette revue d’Ecriture et Tradition comblera le lecteur.

mercredi 14 février 2018

Le Manuscrit Jean Baylot



Le Manuscrit J. Baylot par Georges Courts. Editions Arqa, 29 Boulevard De La Lise, 13012 Marseille.

Le fonds Baylot est entré par don en 1979 à la Bibliothèque Nationale de France. L’ensemble de documents fut constitué par son donateur Jean Baylot, maçon et érudit, et composé d’objets, de manuscrits et d’imprimés.



Le Manuscrit Jean Baylot, appelé aussi Manuscrit de Saint-Domingue rassemble nombre de rituels maçonniques anciens, déjà présentés par Thierry Lamy dans le Bulletin de la Société Martinès de Pasqually n° 18 paru en 2008. Ces rituels furent pratiqués à Bordeaux et à Saint Domingue, lieux de villégiatures de Martinès de Pasqually, entre 1760 et 1770. La plupart de ces rituels font partie de diverses échelles de grades.

Le manuscrit comporte 77 pages. D’une écriture serrée, usant d’abréviations, il est parfois peu lisible. Il comporte un certain nombre de schémas, dessins et tableaux.

Georges Courts s’est employé à une nouvelle transcription, à partir du manuscrit original, de ces rituels qui semblent avoir été copiés par deux scripteurs différents. L’ensemble proposé est très varié et démontre la vaste activité maçonnique de Martinès de Pasqually. Un appareil critique conséquent permet de mieux comprendre ces rituels.

Le Manuscrit Baylot renouvèle d’une certaine manière les interrogations sur les sources de Martinès de Pasqually. Son étude ne permet pas de répondre précisément à ces questions mais ouvre un champ de recherches à investir.

Entretien entre Georges Courts et l’éditeur au sujet du Manuscrit J. Baylot :

samedi 13 janvier 2018

Le Grand Manuscrit d'Alger



Le Grand Manuscrit d’Alger, tome 3 par Georges Courts. Editions Arqa, 29 Boulevard De La Lise, 13012 Marseille.

Nous saluons ici l’immense travail accompli par Georges Courts pour mettre à la disposition des chercheurs, de tous ceux qui s’intéressent à la doctrine de la Réintégration de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, fondé par Martinès de Pasqually, le Cahier vert plus connu sous l’appellation de Manuscrit d’Alger dans les milieux autorisés. Georges Courts et les Editions Arqa nous proposent en trois tomes une très belle édition commentée de ce document essentiel à la pratique de la théurgie des Elus Coëns. En effet, le Cahier vert fournit de nombreuses indications techniques mais aussi les orientations permettant de mettre en œuvre les opérations théurgiques complexes proposées par Martinès de Pasqually à ses émules.




Avec ce troisième volume, le lecteur peut comprendre que nous sommes dans un « pas à pas ». Le « pas à pas » des volumes fait écho au « pas à pas » de la pratique opérative des Elus Coëns.
Ces opérations s’inscrivent dans le jeu de miroirs qui se déploie depuis l’immensité divine jusqu’à l’immensité terrestre en passant par l’immensité surcéleste et l’immensité céleste. Ce déploiement, conséquence des deux chutes dans le système de Martines de Pasqually, opère par émanation, émancipation, création. Depuis la seconde chute, l’homme n’est plus dans le Temple mais le Temple est dans l’homme et plus encore, Dieu lui-même s’est constitué comme Temple dans la crypte du monde.
Le lieu de l’opération semble l’externe, semble seulement, car, oeuvrant à l’externe, l’opérateur œuvre, par le jeu des miroirs divins, en l’interne, jusqu’à saisir que l’un et le multiple ne sont ni séparés ni opposés, que l’interne est l’externe et l’externe est l’interne. La distinction, nécessaire dans le champ de la création, devient coïncidence dans le champ de l’émancipation puis se dissout par l’émanation. Aux deux chutes correspondent deux ascensions apparentes mais en réalité il n’y a là que célébrations, célébrations accordées aux êtres émanés puis émancipés auxquelles répondent les célébrations par les Elus Coëns de la liberté de Dieu jusque dans l’opacité de la création, de la dualité.

Le jeu est subtil. Il n’est pas insaisissable pour celui qui opère. Il est insaisissable pour celui qui n’opère pas tant la doctrine ne fait que commenter la pratique. Le culte célébré par les Elus Coëns, ce culte premier, primitif, immédiat et non-duel, formalisé dans la dualité qui est la nôtre, renvoie à l’Un par les reflets multiples qui, d’abord opaques, s’éclaircissent jusqu’à la parfaite lumière du Divin. Si la possibilité d’une voie directe demeure, elle fut exprimée par Louis-Claude de Saint-Martin, après avoir réussi les opérations coëns, évoquée par Jean-Baptiste Willermoz et inscrite dans le Régime Ecossais Rectifié, il s’agit moins de parcourir une voie, que de célébrer, pas à pas, en chaque nuance de la palette divine, la totalité du Divin.
Les réceptions aux divers grades de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers ne doivent pas être abordées maçonniquement. Elles illustrent le pas à pas opératif, elles le scellent éventuellement. Le pas à pas lui-même se réalise par les opérations, grandes ou petites, des Elus Coëns. Leur fonction, leur justification, leur sens sont exclusivement théurgiques.

Bien entendu, il est légitime de s’interroger sur l’efficacité du système opératif destiné aux Elus Coëns. Complexité, lourdeur, incertitude… Certes, mais il n’est pas question d’efficacité quand on célèbre mais de reconnaissance de la beauté et de la liberté inscrites ici et maintenant à travers le fait même de la célébration. C’est parce que le système opératif coën est appréhendé comme un « pas à pas vers » qu’il demeure largement incompris. Il s’agit d’un « pas à pas pour », pour le pas lui-même, une danse absolument libre au sein même d’un ensemble de contraintes.  Il y a un grand paradoxe dans cette complexité apparente qui, par renversement, conduit au simple, ce paradoxe n’est qu’un reflet du paradoxe de Dieu, Un et multiple. Un et multiple pour permettre le dialogue apparent, le monologue divin entre théophanies et épiphanies, entre les manifestations divines et les reconnaissances de Dieu par les êtres dans ces manifestations.

En menant à bien ce travail, Georges Courts contribue à la compréhension de la doctrine de la Réintégration qui imprègne tout le courant martiniste, Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, Régime Ecossais Rectifié, Théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin, Ordres martinistes depuis Papus, mais aussi au-delà dans des cercles et courants illuministes. Il contribue aussi à la pérennité d’un système fragilisé par sa complexité et qui peut heurter le chercheur par l’incompréhension première qu’il suscite. Cette édition qui fut une aventure au sein même de la grande aventure du courant martinéziste marque l’entrée de l’œuvre de Martinès de Pasqually dans le XXIème siècle. Peu auraient parié, au début du XVIIIème siècle, que l’on parlerait encore de la doctrine de la Réintégration plus de deux cents ans après son incomplète mais remarquable élaboration.