mercredi 17 mai 2017

Les Frères asiatiques



Franc-maçonnerie hermétique & kabbalistique au XVIIIe siècle. Les Frères et Chevaliers de Saint Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe édité, introduit et commenté par Jennifer Marty, Lawrence Deplanche et Fred MacParthy, Sesheta Publications.
L’Ordre des Frères de Saint Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe, appelé parfois Ordre des Frères asiatiques constitue l’une des organisations initiatiques les plus intéressantes ayant émergé au XVIIIe, siècle qui vit un foisonnement de créations maçonniques et paramaçonniques. Parmi elles, nous trouvons notamment la Stricte Observance Templière du baron von Hund et l’Ordre des Rose-Croix d’Or d’Ancien Système. La fin du siècle est agitée suite à de multiples divisions au sein de certaines de ces sociétés notamment autour des frères von Ecker und Eckhoffen. Ces derniers seront à l’origine de la fondation des Chevaliers et Frères de la Lumière ou Fratres Lucis qui constitue la matrice de l’Ordre des Frères de Saint Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe constitué en 1781. Cet ordre joua un rôle sociétal notable en acceptant la présence de Frères juifs qui se voyaient interdire les obédiences classiques de la Franc-maçonnerie.



Les auteurs retracent dans ce livre la genèse de l’ordre au croisement de nombreux courants, le rôle des personnalités marquantes qui le rejoignirent et l’influence directe ou indirecte des Frères Asiatiques sur certaines organisations initiatiques dont le Régime Ecossais Rectifié. Ils mettent à disposition du lecteur de nombreux documents, certains concernent les Fratres Lucis (règlement, description des cinq grades) ; La partie la plus importante de l’ouvrage est formée d’un ensemble de textes regroupés sous le titre Les Frères de Saint Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe ou la seule et unique vraie Franc-maçonnerie d’après l’ouvrage publié en 1803 par Johann Wilhelm Schmidt. Cet ensemble permet de découvrir les mythes fondateurs, l’organisation de l’ordre, les orientations du corpus traditionnel de l’ordre, des enseignements dont certains évoquent des sources martinésiennes, la description des grades, les rituels, les catéchismes. Alchimie, cosmosophie, arithmosophie, métaphysique et autres se mêlent savamment dans des instructions denses et profondes qui méritent d’être étudiées. Il est à noter que les éléments de kabbale sont peu importants dans le corpus rassemblé ici.
Comme chez les Fratres Lucis, le septénaire joue un rôle essentiel chez les Frères asiatiques :
« La vie de toute chose, entre toutes les transformations si différentes qui traversent les temps de l’éternité, agit et s’afflige à travers les sept propriétés qui s’interpénètrent. C’est pour cette raison que le chiffre sept revient si souvent dans les Saintes Ecritures ; c’est un chiffre qui a marqué les anciens et les nouveaux philosophes, en particulier les médecins. »
Le lecteur pourra être parfois dérouté par les procédés d’écriture traditionnels employés. Ils étaient courants à l’époque et permettaient de condenser l’enseignement à travers signes, symboles et mythèmes.
A l’époque de la parution de ces textes en 1803, le préfacier insistait suer la nécessité de posséder (et d’étudier) ce livre. C’est encore le cas aujourd’hui.
Sesheta Publications, 5 côte de Brumare, 27350 Brestot - France.

lundi 1 mai 2017

L'utopie templière



A utopia Templária de Stelio W. Venceslai, colecção "Arquivos da Cavalaria", Edições Zéfiro.
Voici un ouvrage de langue portugaise très intéressant sur la question templariste, et plus généralement chevaleresque, telle qu’elle se pose de nos jours. En effet, l’idéal chevaleresque paraît à beaucoup relevé d’un passéisme désuet alors que l’éthique, l’engagement, l’inconditionnalité de la fonction chevaleresque sont plus que jamais d’actualité.



Dans une première partie, l’auteur traite du monde templier : l’esprit du Temple, l’opposition entre société laïque et société religieuse, la fonction chevaleresque, l’Ordre du Temple historique, les principaux autres ordres monastiques militaires, notamment Malte et les Teutoniques, le déclin de la chevalerie religieuse.
La deuxième partie aborde la question templière après la chute de l’Ordre du temple, errances, survivances, mystifications, vicissitudes italiennes (l’auteur est né en Italie).
La troisième partie étudie le templarisme et accorde une place importante à l’OSMTH.
La quatrième partie, plus sociétale, met en perspective les relations avec le monde extérieur : relations avec la société civile, relation avec la Franc-maçonnerie, question des droits de l’homme, économie.
L’ouvrage, lucide et équilibré, évite les rêvasseries templières toxiques et les dénoncent, pour développer les principes d’une chevalerie moderne à l’œuvre dans la société.

vendredi 28 avril 2017

Le Crocodile en portugais



A l’occasion de la première édition en langue portugaise, très attendue, du livre de Louis-Claude de Saint-Martin O crocodilo ou a guerra do bem e do mal, aux Editions Zéfiro, accompagné de textes d’António Quadros, António Telmo et Rodrigo Sobral Cunha, il n’est pas inutile de rappeler l’importance et l’actualité de ce texte.
Le Crocodile ou la guerre du bien et du mal arrivée sous le règne de Louis XV est un ouvrage singulier dans l’œuvre, riche et complexe, du « Philosophe inconnu », Louis-Claude de Saint-Martin. Le philosophe d’Amboise devait, avec ce livre qui relève du genre fantastique, surprendre aussi bien ses émules que le lecteur occasionnel. Robert Amadou, qui signa la préface à la deuxième édition du Crocodile, en 1962, après le trop long silence qui suivit l’édition première de 1799, parle d’un livre deux fois « insolite », par le genre et par sa place au sein de la série des essais de Louis-Claude de Saint-Martin.
L’ouvrage est fini, selon Saint-Martin, en 1792 mais augmenté jusqu’en 1796 et achevé pour l’impression en 1798. C’est dire si ce livre s’inscrit dans les événements de la Révolution française. Mais, si le thème du livre évoque les luttes révolutionnaires, Louis-Claude de Saint-Martin met en scène, entre burlesque et parodique, quelques idées fondamentales de sa doctrine illuministe. « La guerre du bien et du mal arrivée sous le règne de Louis XV » constitue une typologie partielle pour la Révolution française mais évoque surtout la lutte cosmique entre deux principes, bien et mal, sans tomber dans le piège d’une posture manichéenne. Dans cet « ouvrage de gaîté » comme le désigne Saint-Martin, le lecteur attentif décèlera sans peine les grands principes de la théosophie saint-martinienne.
Le Crocodile est souvent sous-estimé, voire ignoré, par des lecteurs peu habitués à la confrontation avec un texte de forme à la fois poétique, épique et magique. Le texte déroute, c’est sa force. Le livre dérange, conduit hors des sentiers battus de l’initiation et révèle en contre-jour ou en pleine lumière les vérités auxquelles, sa vie durant, le philosophe inconnu s’est consacré. Enigmes et allégories, loufoqueries même, portent un enseignement étrangement moderne. En effet, de tous les livres de Louis-Claude de Saint-Martin, il est sans doute celui qui nous semble d’emblée le plus contemporain. Car la lutte mise en scène par Saint-Martin, qui se passionna pour la Révolution dont il attendait beaucoup, trop en réalité, représente le combat entre deux principes, l’un de morcellement, l’autre de retour à l’Un, à l’œuvre dans l’infinie création depuis la Chute, comme au sein de chaque individu. Le Crocodile dénonce aussi les errances des « instituteurs », des porteurs de la pensée moderne en cette fin de XVIIIème siècle dont Philippe Muray[1] dans un livre magistral nous dit qu’il perdure peut-être encore de nos jours après « la crise religieuse du XIXème siècle » dans un étrange « socialoccultisme ».
Certaines idées avancées dans le Crocodile se retrouvent dans les textes rassemblés par Robert Amadou pour introduire Saint-Martin dans le corpus philosophique en langue française édité chez Fayard[2] comme, entre autres la question des signes et des idées. La tension entre tradition et modernité, entre aïon et chronos, entre liberté et réplication, est au cœur de ce livre, mise en scène à travers le crocodile lui-même, symbole de Satan, le faux Lucifer, les personnages d’Eléazar, qui évoque Martinès de Pasqually, Sédir, l’homme de Désir, Madame Jof, la Sophia, ou de cette Société des Indépendants qui typifie les adeptes de l’initiation de Réintégration dans sa forme idéale.



C’est « un livre plaisant ». C’est un livre qui étonne. C’est un livre qui éveille. Cette édition en langue portugaise, dans une terre de tradition et sous le ciel clair de l’Esprit Libre, est bienvenue en ce début de millénaire incertain. Nul doute que le Portugal et sa haute spiritualité marquée par le sébastianisme, le culte du Saint Esprit et le mythe fondateur du Cinquième Empire, soit un écrin pour la pensée du Philosophe inconnu et pour son paradoxal, et toujours inattendu, Crocodile.




[1] Le XIXème à travers les âges de Philippe Muray, Editions Gallimlard. Paris, 1999.
[2] Controverse avec Garat précédée d’autres écrits philosophiques de Louis-Claude de Saint-Martin, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Editions Fayard. Paris, 1990.

samedi 25 mars 2017

Espagne : une nouvelle collection martiniste



Les Ediciones del Arte Real viennent de lancer, à l’initiative de José Miguel Jato, une nouvelle collection consacrée au martinisme et intitulée Cuaderno Martinista. Cette collection propose des textes courts, de 50 à 80 pages, pour découvrir et explorer ce courant singulier et si riche de l’illuminisme européen que l’Espagne commence à découvrir ou redécouvrir.







Quatre titres sont déjà disponibles :


Carta a las órdenes martinistas del siglo XXI. Cuaderno Martinista I. Rémi Boyer.

Introducción a la práctica martinista. Cuaderno Martinista II. José Miguel Jato. 

De la simbología de la reintegración a la geometría del Cuerpo de Gloria. Cuaderno Martinista III. Rémi Boyer. 

Máscara, capa y cordón. Cuaderno Martinista IV. José Miguel Jato.





Présentation vidéo de la collection :


samedi 11 mars 2017

La messe

La messe. Clés opératives par Denis Labouré et Charles Webster Leadbeater, Editions Spiritualité Occidentale.
Nous ne pouvons que conseiller cet ouvrage à tous ceux qui veulent comprendre le rite de la messe. Si ce rite existait antérieurement a christianisme dans divers courants traditionnels, il a pris une dimension particulière depuis le repas de la Pâque par lequel le rabbi Jésus de Nazareth lui a donné un nouveau sens. Denis Labouré note qu’en 1500 ans, seuls 26 mots ont été modifiés ou ajoutés au canon romain, le cœur de la messe, fait suffisamment remarquable pour alerter sur l’importance de ce qui constitue une théurgie à part entière destinée à élever jusqu’au Divin.
Après avoir dit les errements de l’Eglise de Rome en 1969/1970 qui rompit avec la tradition, Denis Labouré développe avec clarté le sens profond du rite, sa fonction, son efficacité sur laquelle insistait, entre autres, l’abbé Julio, et son ésotérisme. La compréhension de la « divine liturgie » exige l’étude et l’expérience de la communauté, du sacrifice, du principe de substitution, des clés opératives du rite. Approcher le sens de chaque geste et de chaque parole permet de passer de la simple commémoration du dernier repas du Christ au rite dans sa dimension supra-humaine.
« Comment se réalise le saut chronologique qui nous fait passer, de l’instant où nous nous trouvons, à cet instant primordial de l’événement originel ? Comment à chaque messe, le sacrifice du Christ peut-il être efficace ? Et comment rejoignons-nous sa personne dans l’acte de son sacrifice réalisé une fois, à un moment précis de l’histoire ? (…)
Ainsi, la messe a son prototype dans le sacrifice céleste de l’Agneau décrit par l’Apocalypse. Il est vain d’objecter que cette façon de concevoir les choses n’est qu’une projection de la liturgie terrestre, qu’on imagine se dérouler dans le ciel. C’est l’inverse qui est vrai : la liturgie visible est la réfraction symbolique, dans le plan sur lequel l’homme se meut pendant l’existence terrestre, de la réalité invisible d’en-haut.
Les différentes opérations divines et les différents événements se manifestent en mode successif, temporel. Mais tout est déjà fait, tout est déjà arrivé de toute éternité. Tout se passe comme si les événements, amassés en un seul point, étaient ensuite déployés, projetés, sur un cercle à la circonférence mobile, qui serait le temps. Dieu possède son Être et son existence dans l’insécable présent, et tous ses actes sont posés simultanément. »
Célébration d’une liturgie céleste, le rite de la messe en est son actualisation ici et maintenant.
Dans une seconde partie, Denis Labouré recourt à C.W. Leadbeater (1854 – 1934), théosophe, auteur d’un remarquable ouvrage, La science des sacrements qui rend compte du rite de la messe d’un point de vue « énergétique ». Le regard apporté par Leadbeater, qui peut sembler inhabituel, permet de mieux saisir l’opérativité de chaque moment du rite, que cela soit la musique et le chant, l’encensement, l’offertoire, la consécration, la réalité de la transsubstantiation, la communion, etc.
Ce rite de déification du pain et du vin par le souffle divin, qui permet de rompre avec la temporalité, et donc avec la génération, pour s’inscrire dans une unique verticalité, vise à libérer de tout attachement pour rendre réellement « vivant ».
Cet ouvrage, précis et rigoureux, offre une approche opérative, technique, de la messe et de la fonction eucharistique tout en préservant sa dimension mystérique sans laquelle l’Esprit ne saurait « agir ».
Editions Spiritualité Occidentale, 16 A rue Lingolsheim, 67540 Ostwald, France.